Pédagogie et Taekwondo


Mais de quelle pédagogie parle-t-on?

La pédagogie est plus qu’une technique (conduite d’enseignement, façon de mener un cours), elle est un processus d’influence qui permet à l’enseignant de développer des stratégies d’apprentissage plus en rapport avec les caractéristiques des élèves. La pédagogie n’est pas un concept nouveau même si de nos jours elle bénéficie des théories de l’apprentissage qui de leurs points de vue sont beaucoup plus récentes : Les 1ère études en biomécanique datent par exemple du début du 20ème siècle.

Malgré ce manque de connaissances théoriques, l’enseignement n’est pas né d’hier. Même si les modèles s’apparentaient plus à de l’instruction, chaque détenteur du savoir possédait sa façon de le transmettre. Qu’ont fait finalement les précurseurs du taekwondo contemporain, si ce n’est de mettre en place des méthodes plus globales d’enseignement de l’art du combat. Pourquoi n’existe-t-il pas un seul style? Pourquoi, les Maîtres ou Sa Bom Nim que nous connaissons se différencient-t-ils, les uns des autres? En raison de leurs connaissances techniques? Certainement pas à ce stade de la connaissance, mais plus en raison de leur façon d’enseigner, de leur façon de concevoir ce qui à l’origine est identique : Le savoir.

En somme, il est important de comprendre que si le terme de pédagogie est récent dans le lexique des arts martiaux, il ne l’est pas dans sa définition.

Actuellement, le terme de pédagogie dans le domaine du taekwondo est de plus en plus cuisiné et cela à toutes les sauces. Il semble de bonne publicité d’afficher par exemple, un stage en employant les termes « d’éducatifs », « d’exercices pédagogiques », « préparation physique », etc. Finalement cela commence à faire autant recette que d’employer des formules ésotériques de type : expert 10ème dan disciple de maître 50 grand templier du monastère shaolin.

 

Pourquoi cette tendance?

L’une des hypothèses les plus sérieuses est l’avènement du courant sportif. La politique d’intégration au sens général. Car l’ouverture de la pratique aux plus jeunes par exemple et la nécessité de les conserver. Sur ce point la concurrence est de plus en plus rude et s’inscrit parallèlement dans un processus de professionnalisation des filières du sport. Les filières de formation sont de nos jours de vraies filières d’intégration sociales et professionnelles dans lesquelles nos champions s’engouffrent comme tant d’autres le font ou l’ont fait dans d’autres disciplines (Le taekwondo suit le mouvement).

BEES 1 et 2 vous avez dit ? A ce stade ce ne sont pas les traditionnalistes qui dictent les programmes de formation, mais le ministère du sport. Arrivez devant un jury, parlez de pédagogie du soleil levant durant le moyen âge et je vous promets que vous pouvez retourner vous coucher.

L’ère traditionnelle laissera-t-elle réellement la place à de nouvelles formes d’enseignement ? Cependant, une approche plus « pédagogique » de l’enseignement fragilisera-t-elle la nature même du taekwondo, en justifiant l’abandon des « compétences traditionnelles » par la nécessité institutionnelle de formation des enseignants? Une question digne d’un professorat de sport (avis aux candidats). De nos jours, ce n’est plus le grade qui fait la qualité de l’enseignant (ce qui est en partie une bonne chose). Ce qui était vrai dans l’environnement de la méthode traditionnelle ne l’est plus devant un jury de brevet d’état.

Les « savoirs ancestraux » si sélectifs, vont-il se perdre au profit des adaptations « pédagogiques » des enseignements visant l’intégration de la masse. Les compétences vont-elles se disperser ou gagner en qualité ? Même si chacun ne sera jamais le Maître omniscient dont nous avons tous entendu parler, demain, « tout le monde » (ou presque) pourra devenir le spécialiste de l’enseignement du poomsae éducatif, du combat rythmique, du kibon acrobatique, du taekwondo artistique, etc, etc. Finalement, un taekwondo plus riche dans sa globalité (dans les choix), dans la prise en compte des caractéristiques des publics certainement mais peut-être moins complexe sur le plan des connaissances techniques et stratégies initiales.

 

Le taekwondo s’enseignera-t-il à travers :

  • Une méthode visant la formation de l’individu sur le plan moteur, psychologique et social (Approche didactique —> scolaire)
  • un assemblage d’exercices « renouvelés » et ajustés aux outils de la méthode traditionnelle. C’est à dire de Kibon plus attractifs, de poomsae plus ludiques, de Kirougui plus thématiques, histoire de ne pas rompre avec un modèle d’enseignement que l’on associe par convention à la nature même du Taekwondo.
  • Un peu des 2

En somme, quelque soit les choix « pédagogiques » des futurs enseignants, l’introduction de nouvelles formes d’enseignement dans un domaine d’activité qui s’exprime depuis des décennies à travers le modèle traditionnel que nous connaissons (Kibon, Poomsae, Assauts conventionnels), revient à introduire une nouvelle séquence dans un gène: Les effets ne sont pas immédiats mais au bout d’un certain temps c’est l’organisme tout entier qui se met à réagir différemment. Et l’organisme dans notre cas, ce n’est pas le « corps » des enseignants, ni des dirigeants mais celui des pratiquants.