Le Taekwondo scolaire – Exemple du primaire


L’intérêt de cet article est relatif à une évolution progressive de notre discipline en dehors de son lieu d’enseignement traditionnel. Nombreux sont les enseignants qui suite à l’acquisition d’un brevet d’état 1er ou 2ème degré, tentent de monter des projets pour une initiation en milieu scolaire.

Cependant, l’EPS ne ressemble pas à une progression d’entraînements tels que nous les connaissons selon le principe traditionnel, à savoir : Un assemblage d’outils définit dans le temps, que nous connaissons sous les termes suivants :

Kibon – Poomsae – Assauts Conventionnels – Combat libre

Cette progression caractérise la méthode traditionnelle d’enseignement du taekwondo enfants, ados et adultes telle que les coréens nous l’ont transmis lorsque le Taekwondo est arrivé en France dans les années 70. (Lire l’article sur les limites de la méthode traditionnelle d’enseignement du Taekwondo).

 

Le Taekwondo : discipline d’enseignement en milieu scolaire?

Cependant, que vaut cette méthode d’enseignement en milieu scolaire, ou plutôt, comment une APS (Activité physique et sportive) est-elle enseignée en milieu scolaire? Prenons l’exemple du milieu primaire.

La pratique des activités physiques et sportives dans les écoles primaires de France s’organise en 3 cycles : Cycle 1 pour les maternelles, Cycle 2 pour le CP, CE1 et CE2 et Cycle 3 pour les CM. A chaque cycles, ses compétences que voici :

L’Ecole Maternelle (Cycle 1)

L’action est un élément essentiel de développement de l’enfant. Il explore l’espace qui l’entoure, il manipule des objets familiers. Ce faisant il apprend à mettre en jeu son corps tout entier, à mobiliser telle ou telle de ses fonctions (celle de locomotion, celle de préhension…). Il acquiert des compétences sensorielles et motrices qui étendent toujours plus loin le champ de ses expériences. C’est en rencontrant des obstacles que, aidés par l’adulte, l’enfant construit de nouveaux ajustements au monde qui l’entoure.
En offrant à l’enfant le moyen de prolonger ses activités dans des environnements plus complexes ou plus étrangers, le maître accompagne les progrès de sa croissance et de son habileté. Par ses exigences, l’adulte permet aussi à l’enfant d’apprendre à se représenter les actions dans lesquelles il est engagé, à en prévoir ses résultats et, donc, à les conduire.
Progressivement, des apprentissages plus techniques, mettant en jeu des conduites réglées, deviennent possibles dans les activités à visée esthétique, sportive ou dans celles qui requièrent l’usage d’outils ou d’instruments familiers. Le maître facilite puis organise l’activité de l’enfant en lui donnant l’occasion et les moyens de s’exprimer.

En premier lieu, l’enfant doit pouvoir exercer, dans la plus grande liberté de mouvement et d’action, et en toute sécurité, ses facultés d’exploration motrice Il le fait d’abord dans des environnements familiers puis progressivement dans des environnements qui posent des problèmes spécifiques…. Il ajuste de mieux en mieux ses actions en fonction des buts qu’il vise.

Son activité concourt à une découverte puis à une connaissance de plus en plus juste de soi, des autres, des objets et des matériels, des repères qui jalonnent l’espace et le temps des ses actions.

NATURE et CONTENU des ACTIVITES

  • Découverte des ses possibilités corporelles
  • Action globale à base de locomotion ; exercice des capacités motrices dans des situations nombreuse et diverses, incluant la rencontre et l’utilisation d’obstacles matériels : marcher, courir, sauter, lancer, glisser, tirer, pousser, se tenir en équilibre, se suspendre, évoluer dans l’eau, sur la glace ou la neige….
  • Adaptation des conduites motrices, en vue de l’efficacité et de la précision du geste, ajustement global des actions en fonction des trajectoires d’objets en mouvement
  • Prise de repères dans l’espace et dans le temps, appréciation des distances, réaction à un signal….
  • Participation à des actions en commun, acceptation et respect des règles de jeux, individuels et collectifs
  • Dépassement de soi en mesurant les risques et en modulant son énergie

 

GS, CP et CE1 (Cycle 2)

l’Education Physique et Sportive, discipline d’enseignement, doit permettre à l’élève au Cycle 2 :

  • s’approprier les habiletés caractéristiques de la motricité de l’enfant (courir, sauter, nager….)
  • d’adapter ses efforts suivant la nature de actions motrices effectuées
  • de s’initier aux règles de l’action collective
  • de dominer ses appréhensions et d’exprimer ses sentiments.

A l’issue du cycle, l’élève doit être capable :

  • de réaliser des actions plus complexes que celles de la vie quotidienne, telles que courir et sauter par dessus un ou plusieurs obstacles, de courir et lancer, ou d’autres combinaisons élémentaires
  • d’appréhender, dans la réalisation de ces actions, les notions de déplacement, de durée, de vitesse
  • d’apprécier l’intensité des efforts et leurs effets sur l’organisme, en prenant conscience de ses limites
  • d’agir en fonction d’un risque reconnu et apprécié, et de la difficulté de la tâche
  • d’agir en fonction des autres selon les règles et de tenir divers rôles dans une équipe
  • de s’engager dans une action individuelle et collective visant à communiquer aux autres un sentiment ou, une émotion.

LES ACTIVITES

L’enseignant choisira pour développer ces capacités, des activités physiques et sportives ayant du sens pour les enfants et relevant de domaines d’actions constitutifs de la motricité de l’enfant. Ce sont:

  • les activités athlétiques
  • les jeux traditionnels, les jeux sportifs et les jeux collectifs, les jeux de raquettes, qui facilitent l’approche des rôles de partenaires et d’adversaires

Une pratique régulière et suffisante de l’EPS permet de développer les différentes capacités motrices visées au Cycle 2 et contribue à équilibrer l’activité des enfants.

 

CE2, CM1 et CM2 (Cycle 3)

Au Cycle 3 l’éducation physique et sportive contribue au développement des enfants et à l’équilibre de ses rythmes de vie. Elle permet à l’enfant par une pratique régulière:

  • d’acquérir de habiletés identifiables, donnant accès aux activités sportives et d’expression
  • d’utiliser ses ressources mises en œuvre pour organiser sa vie physique
  • de constituer des savoirs, contribuant à mettre en œuvre des principes de sécurité, individuelle et collective et d’une façon générale à préserver sa santé.

A la fin du Cycle l’enfant sera capable:

  • de manifester une plus grande aisance dans ses actions, par affinement des habiletés acquises antérieurement
  • d’utiliser ses savoirs et connaissances de manière efficace dans la pratique d’activités sportives et d’expression
  • de participer à des activités collectives en y tenant de rôles différents et en respectant les règles
  • de s’inscrire dans un projet individuel ou, collectifs visant à; la meilleure performance et d’apprécier son niveau de pratique.

LES ACTIVITES

Les activités qui l’aideront à acquérir es différentes compétences visées seront choisis dans les différents domaines d’actions :

  • les activités athlétiques
  • les activités de type gymnique,
  • les activités comme la danse, la gymnastique rythmique et sportive
  • les activités d’opposition à 2 dans les actions de contact ou à distance par l’intermédiaire d’un engin, telles que les sports de combat, les sports de raquettes ( tennis, tennis de table, badminton ) aident l’élève à développer des stratégies et à anticiper les réponses de l’adversaire
  • les activités collectives
  • les activités de pleine nature
  • L’efficacité dans les comportements, la sécurité dans les pratiques, le contrôle de soi, la lucidité dans l’observation trouveront dans les activités de tous ces domaines d’actions, les moyens de leur développement

l’élève apprendra à toute occasion favorable, organisée par le maître :

  • à utiliser ses ressources et à gérer ses efforts
  • à contrôler les risques qu’il prend et qu’il fait prendre
  • à aider les autres à résoudre les difficultés liées aux tâches d’apprentissage
  • à maîtriser ses pulsions et son agressivité.

 

« L’enseignant choisira pour développer ces capacités, des activités physiques et sportives ayant du sens pour les enfants et relevant de domaines d’actions constitutifs de la motricité de l’enfant. »

 

Voici très certainement, ce qui fait toute la différence entre une pratique en club et une approche sportive du Taekwondo en milieu scolaire. Il faut bien comprendre qu’en club, l’objectif principal est le perfectionnement technique alors qu’en milieu scolaire, l’EPS est au service du développement de l’enfant. Le choix de l’activité dépend d’abord des compétences qu’elle contribue à développer chez les enfants.

Pour exister en milieu scolaire, le taekwondo doit justifier sa place en tant qu’APS. Le projet pédagogique EPS est l’outil qui permet d’interpréter et de cautionner ce choix par l’équipe enseignante. Les compétences des enseignants, les orientations éducatives propres à chaque groupe classe, les moyens, etc., sont autant d’arguments qui peuvent décider du choix de la pratique du taekwondo. Les conditions matérielles (un dojang et un BE) à elles seules ne suffisent théoriquement pas.

Comprendre en quoi le taekwondo peut être une matière d’enseignement, c’est s’interroger sur les compétences qu’il permet de développer au regard des textes officiels qui régissent l’EPS en milieu primaire.

 

 Compétences développées en milieu sportif Compétences à développer en milieu scolaire
  • Les savoir-faire techniques
  • la rigueur et le goût de l’effort
  • la concentration
  • La maîtrise de soi
  • Respect des autres, des règles de sécurité…
  • etc…

 

  • Réaliser des actions plus complexes que celles de la vie quotidienne, telles que courir et sauter par dessus un ou plusieurs obstacles, de courir et lancer, ou d’autres combinaisons élémentaires
  • Maîtriser ses pulsions et son agressivité
  • Contrôler les risques qu’il prend et qu’il fait prendre
  • Etc…

Comme vous le constatez certaines compétences sont compatibles et d’autres moins. Cependant, une fois cette réflexion engagée, il reste à traduire ces compétences en objectifs – Exemple : Maîtriser ses pulsions et son agressivité peut se traduire par « Accepter le contact ou l’affrontement avec ses partenaires ». Développer une logique d’enseignement qui ne vise pas seulement un apprentissage technique comme en club devient dès lors la 3ème étape.

Ce n’est pas en répétant un geste technique dans le vide (Kibon) qu’un enfant apprend à maîtriser son agressivité.

En milieu scolaire, l’objectif n’est donc pas la simple pratique d’une activité. Ce sont les intentions éducatives qui priment. Même si le simple fait de faire faire du taekwondo à des enfants participe implicitement au développement de leur motricité (qui est aussi une compétence de cycle). La pratique du Kibon et du Poomsae par exemple n’est pas forcément d’une pertinence démontrée lorsque le but de l’enseignant est de faire vivre des expériences visant à aider l’élève à développer des stratégies et à anticiper les réponses de l’adversaire. (Cycle 3).

Les outils d’enseignement traditionnel du taekwondo ne sont pas forcément les outils d’enseignement les plus appropriés dans une démarche éducative en milieu scolaire.

Le taekwondo comme outil d’éducation

Méthodes traditionnelles et méthodes globales ne s’opposent pas mais se complètent.

Les méthodes globales ou actives s’appuient sur les caractéristiques de l’élève afin de faire évoluer ses capacités physiques certes, mais aussi intellectuelles et affectives. Même si l’acquisition d’un geste technique devient à un moment ou à un autre un élément du cours, ce n’est pas tant l’acquisition du geste lui même qui comptera mais les intentions éducatives de l’enseignant (Au regard des textes).

 

 

 Méthode traditionnelle Méthode globale
 Objectif = Connaissance technique
Les caractéristiques des publics sont ignorées.
 Objectif = Développement de l’individu
Ce sont les caractéristiques du public qui déterminent les objectifs à atteindre

Prenons un exemple : Compétence recherchée entrant dans le cadre du développement psychomoteur global de l’enfant : l’équilibre.

Si l’exercice des coups de pied semble tout indiqué pour développer cette compétence, ce n’est pas à travers la réalisation du geste selon ses critères de réalisation purement technique que l’enseignant doit orienter les contenus de son cours. Des situations variées et un aménagement matériel spécifique permettra par exemple, à l’élève d’évoluer dans un milieu ou le meilleur moyen de frapper un bouteille en plastique placée sur un banc avec le dessous des orteils s’appellera certes, Ap Chagui mais sur le plan des intentions éducative obligera l’élève à gérer ou à développer sa capacité à maintenir son équilibre sur un pied, avant, pendant et après une percussion sécurisée (bouteille en plastique et support en mousse par exemple).

En fait, la recherche d’une seule forme d’équilibre qui ne sert que les intérêts d’une seule technique, n’a qu’une portée éducative limitée. Par la mise en place d’une situation dite « problème », l’enseignant favorise le tâtonnement, car une phase d’exploration ou échecs et réussites enrichissent l’expérience, et donc le vécu de l’enfant (réaliser des actions plus complexes que celles de la vie quotidienne – Cycle2).

En somme, c’est le tâtonnement qui devient éducatif. La méthode traditionnelle n’aborde pas cette phase puisqu’elle impose d’emblée la solution à répéter. Le Kibon est normalement un outil qui doit servir à fixer (à répéter) ce qui a été découvert. En d’autres termes, le Kibon ne devrait être qu’une deuxième étape entrant dans le cadre des apprentissages techniques par exemple, de cycle3. Cependant si l’on parle vraiment de cycle EPS, il ne faut pas oublier qu’un cycle d’enseignement en milieu scolaire est beaucoup plus cours qu’une saison sportive en club : 10 à 20h dans le meilleur des cas -> Parce qu’il y a tout un panel de compétences à développer en milieu scolaire, le taekwondo n’est pas l’activité la plus appropriée pour toutes les développer.

En termes d’évaluation, ce n’est pas le respect des critères de bonne réalisation technique du coup de pied qui sera noté mais bien « Etre capable de maintenir un équilibre stable » (la compétence).

La mise en situation des élèves à travers une progression d’éducatifs, certes spécifiques au taekwondo n’aura servi qu’à participer au développement de cette compétence.

Accéder aux programmes EPS au primaire (Fichier pdf)