A quoi sert le Poomsé ?


La polémique n’est pas nouvelle mais elle s’est amplifiée ces derniers mois. Pour certains, le poomsés serait un exercice inutile, voire nuisible et, comble de malchance, les poomsés ne seraient qu’une gymnastique dénuée de toute réalité martiale. Heureusement, ces opinions se fondent sur une analyse très superficielle. Le tocsin ne sonne pas encore pour les poomsés.

Des taekwondoistes, et non des moindres, soutiennent la thèse de l’inutilité du poomsé. Pour être efficace en combat (kyeurougui), disent-ils, il faut pratiquer le combat, pas le poomsés. Leur principal argument réside dans le fait qu’ils sont des champions réputés en combat et qu’ils n’ont pratiquement jamais travaillé leurs poomsés.

A ce stade, il convient de se poser plusieurs questions :

  • Le kyeurougui que pratiquent ces champions est-il efficace en cas d’agression ?
  • Les poomsés sont-ils correctement exécutés ?
  • Les poomsés ont-ils été suffisamment analysés ?
  • Les applications sont-ils travaillés de façon adéquate ?

Réponses :

Constatons, tout d’abord, que la compétition, quelle qu’en soit sa forme, élimine toutes les techniques dangereuses (donc efficaces).
L’entraînement des champions se faisant essentiellement dans l’optique de la préparation aux compétitions, celui-ci débouche sur une inadaptation aux situations réelles.

Il n’est pas interdit de pratiquer le kyeurougui de cette manière ludique, mais il faut lui associer les prolongements nécessaires à une utilisation réaliste dans le cadre de l’agression.
Tous les philosophes des arts martiaux nous l’ont dit :  » L’ennemi est en soi « . L’art martial est d’abord une maîtrise de soi. Maîtriser l’adversaire est secondaire. Ainsi, le poomsé nous oppose à nous-mêmes et c’est là sa richesse. Il faut se provoquer, se déplacer plus vite, tourner plus vite, frapper plus fort, aller plus loin, plus haut, prendre des risques et, parfois, se déséquilibrer, rater son enchaînement, manquer de précision.
La mécanique horlogère de nombreux pratiquants fabrique des robots ou des gymnastes, pas des taekwondoistes. Si vous voulez progresser à ski, il faut skier à la limite de la chute. Au dogang, pratiquez vos poomsés au maximum de votre potentiel et même au-delà.

Les poomsés simulent des combats contre plusieurs adversaires. La stratégie développée dans chaque poomsés est pleine d’enseignements. Pourquoi la première défense se déroule-t-elle à gauche ou de face ? Pourquoi les pivots se font-ils de telle ou telle manière ? Pourquoi certaines actions finissent-elles par un blocage ? Pourquoi les coups de pieds ne sont-ils jamais  » eulgoul  » ? Pourquoi certains mouvements s’exécutent-ils lentement?
N’attendez pas de réponse, pratiquez et trouvez.

A l’instar de la Capoiera, les poomsés de taekwondo se sont développés en Corée dans un climat d’interdiction de la pratique martiale et sous la surveillance constante de l’envahisseur. Il ne faut donc pas s’étonner si leur première apparence est celle d’une gymnastique ou d’une danse.
La forme qu’on leur connaît est celle qui était acceptable pour l’ennemi et, par la suite, utilisable dans les écoles et universités car inoffensive.
Le véritable taekwondoiste ne s’arrêtera pas à la contemplation de l’écorce du fruit; il n’aura de cesse de l’avoir décortiqué et sucé jusqu’au noyau. Ainsi, les applications exploiteront toutes les variantes gestuelles possibles, face à un ou plusieurs adversaires. Il faut se persuader que, sur chaque enchaînement, mille applications existent.

D’autre part la répétition mécanique des poomsés mène à une gestuelle stéréotypée vide de sens. Déstructurer les poomsés est une nécessité si l’on souhaite acquérir une maîtrise totale. Constatons à titre d’exemple que la plupart des pivots sont toujours sur le même pied et le kiap
systématiquement sur une attaque à droite. Il faut exécuter les poomsés à différents rythmes, à l’envers, en modifiant les directions, les techniques, les accélérations et les ralentissements, etc.

Certains taekwondoistes réputés ont reproché aux maîtres de ne pas proposer, pour chaque geste, une application officielle. Cette approche est ridicule: elle demande qu’on enseigne le taekwondo comme ces charlatans qui prétendent vous apprendre la self-défense en dix leçons.  » Sur une attaque de couteau de haut en bas, vous faites ceci; sur une attaque en pique, vous faites cela. » Bien entendu, ça ne se passe jamais comme prévu. Une des grandes qualités du taekwondoiste est l’adaptabilité. Un même geste doit être utilisable en diverses occasions avec différentes finalités. La richesse du Taekwondo est justement dans ses gestes quasi symboliques (comme les saisies doigts serrés et main tendue) qui permettent des myriades d’applications pour peu qu’un brin d’intelligence s’en mêle.

Si, lors de vos pérégrinations, un fort combattant croit vous humilier en vous traitant de « danseuse » sous prétexte que vous pratiquez les poomsés, souriez et ignorez la provocation, car, si votre entraînement suit les préceptes ci-dessus énumérés, vous seriez bien capables de lui offrir une « danse » cuisante.

Le poomsé est une source inépuisable. Mais elle est souterraine. Pour s’y abreuver, il faut creuser.