Les stades caractérisant le progrès


cf:« Vers une pédagogie de l’acte moteur » JP Bonnet, ed Vigot

Dans tout apprentissage, la notion de progrès, c’est à dire la réorganisation d’une structure existante à un autre (plus complexe), passe par la notion de stades par rapport aux phénomènes :

 

D’automatisation

Du stade de centration (débutant)

l’action sollicite le cortex (réfléchir avant d’agir – saturation de la capacité de rétention
de l’information importante pour des actions simple) – le contrôle des acquisitions s’effectue par le regard.

Au stade de décentration puis au stade d’automatisme (Expert)

Passage du visuel au kinesthésique; libération du cortex (circuit plus simple produisant une même réponse – pour un même degré d’implication de la mémoire à très court terme, c’est à dire celle qui permet à l’apprenant de se souvenir des consignes auditives et visuelles du moment. Les réponses deviennent plus complexes -l’apprenant peut donc progressivement prendre en considération de nouvelles variables.

Didactique

Le stade de développement des automatismes est fondamental dans tout apprentissage : Pour une même capacité de concentration, le sujet apprend progressivement des actions de plus en plus complexes et cela pour une raison très simple. On estime que le modèle de mémorisation de l’information fonctionne en partie comme un ordinateur : La mémoire à très court terme, c’est à dire la quantité immédiate d’information
que le sujet peut traiter sur le moment est limité de 4 (chez les enfants) et 6-8 (chez l’adulte) « octets » (1 octet = 1 info que l’on peut retenir sur le moment).
Pour retenir à long terme, il faut répéter. C’est essentiellement la raison d’être du KIBÔN, mais aussi du Han bon kyeurougui.
En pratique cela signifie par exemple que les consignes émises par l’enseignant pour permettre l’apprentissage du Eulgoul maki à partir de la position ap goubi sogui, ont tendance à saturer la capacité mémorielle du débutant pour lequel exécuter ap goubi sogui en plus de Eulgoul maki veut dire penser simultanément à :

  • avoir la jambe arrière tendue en début et en fin d’action
  • plier la jambe avant
  • ne pas avoir les 2 pieds sur la même ligne
  • pointer les pieds vers l’avant
  • se tenir droit
  • armer les bras
  • réaliser correctement le chemin moteur des bras (du bras droit et du bras gauche…)
  • réaliser correctement le chemin moteur des jambes
  • penser au couple force
  • penser au placement des bras en fin d’action
  • Etc…

Si en plus je rajoute un partenaire qui attaque en eulgoul jileugui afin de donner un sens au geste:

  • Penser à sa distance + la corriger
  • viser le bras de mon partenaire
  • être dans le temps (ne pas partir en retard sous peine d’avoir à gérer mon déséquilibre arrière)
  • etc..

Nous en sommes à plus de 15 informations plus ou moins complexes que le débutant doit gérer pratiquement en l’espace de 2 à 3 secondes.
Quelques soient les erreurs commises, l’enseignant ne doit pas perdre de vue qu’elle sont le reflet de :

  • L’incapacité temporaire de l’élève à produire ce type d’actions dans leurs globalités du fait que les capacités de coordination, d’équilibre et d’équilibration sans parler des aptitudes motrices que le sujet doit mettre en oeuvre sont inexpérimentées et peut-être pas encore assez développées au regard de la complexité de la tâche sur le plan moteur (âge du pratiquant).
  • Le résultat d’une sélection plus ou moins consciente mais nécessaire des consignes émises par l’enseignant (complexité de la tâche
    sur le plan bio informationnel).

Alors que pour le pratiquant confirmé, ces mêmes consignes ont été intégrés au point d’être devenues des automatismes (une séquence ou série d’informations = une seule information maintenant). Ceci, lui permet de dédier tout ou partie de sa capacité d’apprentissage ou de concentration à la réalisation d’actions beaucoup plus complexes :

L’expert continue à traiter des enchaînements d’actions mais dont la complexité n’est plus de l’ordre de la prise en compte des éléments propres à la réalisation d’uns seule technique (celles si sont désormais automatisées) mais d’un enchaînement de plusieurs techniques.
Les informations à traiter simultanément sont de l’ordre :

  • de are maki en duit goubi sogui reculer en ap koubi sogui mom tong bakat maki
  • ajuster sa distance au partenaire en vue de contrer en mom tong ap tchagi
  • contrer en Ap tchagi en maintenant le contrôle du bras adversaire en mom tong bakat maki en vue de la saisie
  • réajuster le placement du pied qui frappe au sol en vue de se retrouver en bakat palmok montong maki afin d’engager la saisie du bras, etc….
  • penser à mon armement a la hanche ——-> A ce stade, il y a plus de chance qu’une correction de l’armement a la hanche aboutisse sans pour autant déstructurer le reste de la séquence

 

De dissociation

Des syncinésies

Système de mouvement ne pouvant s’exécuter qu’ensemble : imprécision du geste

Au stade de différenciation

Une partie est impliquée dans l’action, l’autre non —> relâchement.

Didactique

Lorsque l’on regarde un enfant qui tente d’attraper un foulard accroché à la ceinture de son adversaire, on se rend vite compte qu’il a tendance à jeter les deux bras en avant : c’est une syncinésie. Ce n’est pas une maladie mais bien un stade caractérisant le débutant dans l’apprentissage de gestes mettant en oeuvre les membres pairs entre autres. Ainsi, il n’est pas rare de voir les débutants ne pas être en mesure de synchroniser l’action du couple force avec celle de l’autre bras. Cette phase de dissociation segmentaire peut donner lieu à un apprentissage propre mais attention à permettre à l’élève de pouvoir se concentrer sur la résolution de cette problématique (voir l’article sur la latéralisation).

De cette manière, l’enseignement du Taekwondo devient un outil d’éducation à la psychomotricité de l’individu si votre objectif est d’employer vos exercices en vue d’améliorer la dissociation segmentaire de vos pratiquants. Vous entrez dans une logique de formation de l’individu afin de le préparer à recevoir un enseignement techniciste futur (vos exercices deviennent des éducatifs).

 

Réactions d’équilibration – Paradoxe fondamental entre l’équilibre statique et l’équilibre dynamique

Du refus du déséquilibre

Tronc droit —-> coup de pied trop bas pour ne pas perdre l’équilibre

A la rééquilibration à posteriori

Engagement trop grand —> Lors d’un déséquilibre, une partie du corps agit alors que l’autre rééquilibre : pas d’anticipation sur les déséquilibre futurs.

Didactique

Lors de l’exécution d’un coup de pied, le débutant a besoin de ses bras pour s’équilibrer : il est donc difficile de lui demander de garder les bras en garde pendant l’exécution d’un coup de pied sous peine de voir le problème se déporter vers un autre aspect de la technique (l’aménagement matériel devient intéressant afin de permettre au coup de pied d’atteindre son but : atteindre une cible (raquette) est avant tout l’effet recherché de l’action -donner un coup de pied-).

Vers le stade d’équilibration anticipé

Le corps entier est dans l’action, il prépare les actions futurs.

Didactique

Les enchaînements « pieds – poings » deviennent réalisables. L’anticipation de la récupération de appuis au sol du pied qui frappe permet à l’élève de maintenir un équilibre dynamique caractérisé par la capacité à produire une accélération du pas et de la technique de percussion de bras – enchaînement équilibré du ap tchagui et jileugui sur un double pas de type glissé jambe avant (ripage) par exemple.

De coordination

Du stade de juxtaposition des actions

les actions sont indépendantes entre elles.

Au stade de coordination des actions

les actions s’articulent entre elles.

Didactique

Le débutant dissocie 2 techniques alors que l’expert anticipe les positions de la 2ème avant la totale réalisation de la 1er (la pensée précède l’action).

 

 

Ces 4 aspects caractérisant le progrès sont liées entre eux. Le débutant doit être considéré dans sa globalité cognitive, affective et motrice : car, un être pensant, avec ses craintes, ses résistances (la peur du contact par exemple) et ses aptitudes. La désorganisation d’un geste peut avoir des origines affectives (craintes) – rythmique (vitesse d’exécution) ou physiologique (fatigue) —> Les possibilité de régression ne sont pas à exclure mais des transferts d’apprentissage (sauter un stade) s’opèrent entre les APS et sont transposables d’une APS à une autre (le débutant peut aussi avoir une expérience dans d’autres APS).