Poomsae de base et supérieur


Apprentissage d’un Poomsé de base

L’enseignement des Poomsés est l’une des problématiques majeures de l’enseignement du taekwondo.

Le poomsé est à l’origine de tous les questionnements sur les contenus techniques. « Combat réel contre des adverses imaginaires » (ce qui est faux d’ailleurs!) ou répertoire des techniques connus en taekwondo, le Poomsé apparaît très largement comme l’axe central de la méthode traditionnelle.

Il ne faut pas oublier que statistiquement peu de pratiquants ont la chance de pouvoir aborder l’apprentissage des poomsés supérieurs. Si l’on comptabilise le nombre de ceintures noires sur le nombre total de licenciés ou de personnes ayant été licenciées sans jamais atteindre ce grade, inutile de savoir compter pour ce rendre compte à quel point un enseignant a plus de chance d’enseigner inlassablement des Poomsés de base à un public qui se renouvelle plutôt que d’approfondir la connaissance du Poomsé au regard de son supposé attribut : l’exercice du combat.

1ère remarque : Le poomsé n’est pas un combat réel à proprement parlé – Il est la simulation symbolique d’une relation d’opposition extrapolée
du combat libre et non réelle (sans adversaire) faisant appel à un répertoire technique de plus en plus complexe – Il y a là une interrogation de
taille à percevoir.

A l’intérieur de la méthode traditionnelle, le poomsé est identifié comme support d’enseignement du combat et non comme une fin en soi – De son interprétation par extrapolation des séquences qui le constitue (Applications), les techniques étudiées sont ensuite progressivement « instanciées » (mise à l’épreuve du réel) à travers les assauts conventionnel qui eux sont les derniers outils d’apprentissage vers le combat libre.
Le poomsé, même s’il situe l’apprenant dans un contexte où les aptitudes physiques et intellectuelles sont pleinement requises, ne permet pas au pratiquant de vivre l’expérience du combat par le biais d’aptitudes affectives du type « acceptation du contact » et « gestion du stress » si chères
au combat libre – Le poomsé ne souffre d’aucune pression événementielle, contrairement au combat –

Même si le Poomsé n’a pas la même signification pour un débutant, l’intérêt de cette réflexion est de mettre en évidence le fait que les poomsés de base ne sont pas des outils d’apprentissage du combat à proprement parlé au même titre que peuvent le percevoir certains pratiquants experts (leur expérience du combat n’est pas la même) : Les poomsés de base essentiellement, sont des outils d’apprentissage technique en raison du caractère novice de leur pratiquant.

2ème remarque : il faut savoir que si l’on part du principe que le Poomsé est une expérience « limitée » du combat par projection mentale des
adversaires, ce qui est possible avec des adultes ne l’est pas avec des enfants âgés de moins de 11-12 ans (Cf/ Psychologie génétique : Piaget – Développement de l’intelligence dans l’ontogenèse). En effet à cet âge, les enfants n’ont pas la possibilité de fonctionner par abstraction – Le Poomsé pour eux est une gymnastique très éducative certes mais qui ne peut pas avoir la même finalité, d’une part parce qu’ils sont essentiellement débutants dans l’activité et d’autre part parce que ce sont des enfants.

Exemple:
En tant qu’enseignant, quelles sont les questions que je peux me pose pour situer mon objectif :

  • Quelles techniques sont préalables à l’apprentissage des poomsé de base? Sur le plan de la connaissance technique, quels sont les acquis qui me
    permettront de débuter un 1er enchaînement.
  • Qu’est-il important de connaître dans un poomsé et qui pourrait être utile dans tous les autres? En d’autres termes, existe-il des principes
    d’actions communs à plusieurs poomsés, voir tous les Poomsés? (les poomsés de bases sont aussi et peut-être surtout des outils d’apprentissage des
    poomsés supérieur)

Réponses :

  • L’équilibre
  • la notion d’enchaînement de techniques,
  • les changement de direction (pivots)
  • le rythme (alternance temps faibles et forts),
  • le tempo (variation temporelle)
  • L’implication réalistique
  • la connaissance des applications (intéressant pour des enfants),
  • la mémorisation des séquences du poomsés, etc…

La liste n’est pas exhaustive mais fait apparaître ce que l’on appelle des principes d’action sont des systèmes opératoires fonctionnant dans tous
les poomsés.

 

Perfectionnement d’un Poomsé de base

Pour l’analyse du terme « perfectionnement » voir : « le perfectionnement des techniques de poings » (article à venir).
Je vous conseille vivement de lire parallèlement à ce thème, celui qui traite du perfectionnement des poomsés supérieurs.

Dans cet exemple, l’objectif est de démontrer qu’il ne s’agit pas seulement de dire par intuition ou parce qu’un jour nous l’avons entendu que
l’apprentissage ou le perfectionnement d’un poomsés supérieur agit sur la capacité de réalisation des poomsés de base. En tant que futur enseignant, vous devez maintenant le démontrer.

Sur le plan didactique, perfectionner ses Poomsés de base peut se concevoir par l’apprentissage ou le perfectionnement des poomsés supérieurs.

Réflexions : Alors que le thème est le perfectionnement des poomsés de base, il est évident que le candidat qui prendra le risque
de proposer un poomsé supérieur, s’expose au hors sujet s’il n’argumente pas son choix. Cependant, que nous parlions de poomsé de base ou de poomsé supérieur, je pense honnêtement que quelque soit le sujet, ce sont les poomsés en général qui sont concernés. Les principes d’action des poomsés sont en réalité les mêmes. Que nous parlions de stabilité, d’équilibre, de vigueur d’application, de respect des applications, etc, il n’y a que la complexité des enchaînements sur le plan moteur et tactique qui les différencie.

En somme que l’on perfectionne n’importe quel poomsé, cela revient à perfectionner tous les poomsés à travers leurs principes d’action.
En conséquence, un poomsé supérieur même s’il permet de mettre en évidence de nouveaux aspects technico-tactiques, aura tendance à mettre l’accent surcertains principes d’action plutôt que d’autres ce qui peut lui valoir une vocation d’outils de perfectionnement de ce principe (c’est d’ailleurs ce à quoi ils servent en théorie).

Mais perfectionner, c’est aussi agir sur l’individu qui doit mettre en « forme » le Poomsé. Perfectionner un Poomsé de base, c’est améliorer les compétences de l’individu sur le plan moteur et de la connaissance des applications par exemple. C’est s’appuyer sur des acquis pour permettre l’expression efficace de nouveau schémas tactiques s’appuyant sur la capacité à réaliser des techniques de plus en plus complexe.

Entreprendre un réel perfectionnement des poomsés de base à partir des poomsés supérieurs, c’est amener l’enseignant à se poser un certain nombre de questions du genre :

– Qu’il y a t’il y a de plus dans un poomsé supérieur qui peut enrichir le connaissance des poomsés de base ?

  • Sur le plan moteur et biomécanique : Une meilleur gestion de l’équilibration et par voie de conséquence du rythme – Mais aussi plus de
    souplesse, plus d’endurance et de résistance à la fatigue musculaire (filière anaérobie lactique entraînée) etc…
  • sur le plan intellectuel : les applications et donc de surcroît les applications (ouverts à de nouvelles alternatives).
  • sur le plan affectif : la capacité de concentration (plus longue) – la détermination grâce à une connaissance plus approfondie des objectif d’un poomsés.
  • sur le plan bio informationnel : la capacité à évoluer dans un diagramme tactique plus complexe grâce à la connaissance acquises de bribes de séquences similaires (l’élève pourra en conséquence diriger plus d’attention vers les critères de réalisation technique).

-2ème question : Quels poomsés supérieurs sont le plus en rapport avec les poomsés de base?

A ce stade, il est intéressant sur le plan pédagogique de répéter les séquences d’enchaînement identiques ou rapprochées qui existent entre les poomsés de base et les poomsés supérieurs. (Ceci ferait l’objet d’un cours très intéressant – Enseigner des bribes de poomsés supérieur qui enchaînées les unes aux autres forment toute ou une partie d’un poomsés de base. On reconstruirait un poomsé de base à partir de plusieurs morceaux de poomsés supérieurs).

Les solutions sont nombreuses.

 

Etude d’un poomsé supérieur

Par le terme « d’étude », on peut concevoir 2 approches : L’une gestuelle : Etude du diagramme technique du poomsés, l’autre tactique : connaissance du poomsé en terme d’application.

Etude des contenus techniques 

La différence qu’il existe entre l’étude d’un poomsé supérieur et celle d’un poomsé de base se situe autant dans l’acquisition des enchaînements et leur compréhension que la capacité du pratiquant à pouvoir mettre en oeuvre des schémas d’actions élaborés.

Cependant, qu’est-ce qui différencie l’élève devant l’étude d’un poomsé supérieur? Il n’est pas sensé être débutant face à ce type d’apprentissage.
Ceci signifie plusieurs choses :

  • qu’il a acquis une expérience sur le plan de l’apprentissage des poomsé. En d’autres termes, l’élève a développé des stratégies d’apprentissage que le débutant n’a pas encore (Mémorisation plus rapide du poomsé – anticipation des intentions d’arrière plan : des principes d’action – gestion améliorée des repères spatiaux, etc)
  • Alors que le débutant est simultanément confronté à l’apprentissage ou à la stabilisation de techniques en cours d’acquisition, l’élève en situation d’étude technique d’un poomsé supérieur mémorisera le poomsé au niveau de ses enchaînements de techniques (il fera appel à ses automatismes – Voir « théorie de l’apprentissage »). Pour un élève de niveau avancé cette étude s’effectue essentiellement par une réorganisation de ses connaissances techniques. (Apprentissage systémique)

En résumé, selon le principe traditionnel d’enseignement du taekwondo, l’étude technique des poomsés supérieurs est réservée aux élèves ayant acquis les poomsé de base :

  • Les élèves ne sont plus des débutants. L’enseignant peut s’appuyer sur leurs expériences tant sur le plan de l’acquisition technique que de la stratégie d’apprentissage (L’étude se fait par association des acquis).
  • L’élève en dépassant plus rapidement l’apprentissage des diagrammes technique des poomsés supérieurs (leurs contenus gestuels), même s’ils sont parfois plus longs, peut se concentrer plus directement sur le perfectionnement des principes d’action moteurs qui le caractérise ainsi que sur ses applications tactiques.

Il y a cependant, une question importante à laquelle nous nous devons de chercher des éléments de réponses:
Y a t il une classification des poomsés supérieurs qui en favorise l’apprentissage sur le plan technique?

A cette question, nous pouvons répondre partiellement, oui. Il suffit de regarder les contenus imposés pour l’examen des « dan » pour comprendre qu’une classification existe. Cependant, ces contenus respectent-t-ils une logique de progression en terme d’apprentissages?

Certains poomsés sont reconnus comme l’association des poomsés de base. Découpés en plusieurs « morceaux » pour en favoriser l’apprentissage, ils caractérisent une logique de progression visant l’enseignement des autres poomsés contenus dans le programme de l’examen du 1er dan.

Mais quelle relation en terme d’apprentissage, entretiennent les poomsés Kourio et Taebek par exemple? Ils sont des poomsés appartenant à des groupes.
Koumgan (examen de 3ème dan) , contribue à donner une vue plus étendue des caractéristiques technico-tactiques des thèmes que ces groupes admettent.

Les Poomsés supérieurs selon la classification par grades deviennent complémentaires sans vraiment entretenir une logique de progression transversale.
La seule véritable hypothèse logique que nous pouvons avancer sur le plan de la classification des poomsés en Taekwondo serait que :

  • Les Poomsés supérieurs s’apparentent plus à des outils de perfectionnement technico-tactique alors que les poomsés de base seraient des outils de 1ere acquisition technique. Kourio serait le poomsé de liaison. Chaque poomsé supérieur serait la pièce d’un puzzle constitué de certains éléments pouvant s’imbriquer logiquement et d’autres dont la valeur ne donnerait à l’ensemble une forme qu’une fois tous les poomsés acquis tant sur le plan technique que tactique.

Poomsés avancés ou Poomsés supérieurs ?

Nous entendons souvent dire que Korio, Koumgan et Taebek sont des poomsés avancés plutôt que supérieurs. Associés à la préparation du 1er dan, est-ce la représentation due à ce grade comme certificat d’acquisition des bases qui situe cette acception ou plutôt un réel niveau de difficulté intermédiaire? Koumgan destiné au 3ème dan par exemple, est-il plus complexe que Kourio inscrit au programme du 1er dan? Personnellement et peut-être aussi pour ceux qui connaissent ce poomsé, la réponse est non. En d’autres termes, la notion de poomsé avancé ne veut pas dire grand chose (ceci est seulement un point de vue personnel).

Cependant, la conséquence directe d’une telle interrogation aura pour effet d’éviter au candidat de faire un hors sujet, si durant sa formation, l’accent est mis sur le fait que Kourio, Koumgan, Teabek, ne sont pas des poomsés supérieurs mais seulement des Poomsés avancés. (A chacun son opinion – mais dans le cadre d’un examen, je vous suggère de suivre l’avis du jury, après ça, vous pourrez toujours voir la chose autrement).

De plus, n’oublions pas que se sont aussi les modes compétitives qui vont dans une certaine mesure orienter cette classification. La quantité des
éléments techniques complexes sur le plan de la réalisation gestuelle est dans ce cas un élément de classification. Elle n’est donc plus en relation avec la classification qu’induit les dan (Hiérarchisation des groupes technico-tactique)..

En d’autres termes, c’est à l’enseignant de justifier une fois encore ses intentions éducatives. Ici, le sportif contredit le traditionnel.
La problématique du Poomsé est complexe, car si sa justification est purement admise sous son acception originelle comme répertoire techniques et tactiques, son introduction dans le champ de la compétition n’est donc pas pertinente et brouille même les pistes : La logique de l’activité se disperse.
Et par « étude d’un Poomsés supérieur », il devient alors pleinement justifiable devant un jury de traiter le sujet en développant un objectif de type
« Préparation à la compétition Poomsé ».

Etude technico-tactique 

Cependant, par le terme d’étude, on peut aussi entrevoir qu’une étude des poomsés supérieurs serait une « Etude des applications (applications) » (article suivant).

 

Perfectionnement des poomsés supérieurs

« En isolant une technique ou un ensemble de technique communes ou analogues à un groupe de Poomsés, l’enseignant peut exercer sa capacité d’interprétation tactique. »

Le perfectionnement en Taekwondo s’appuit beaucoup sur cette acception, dans le sens où comme nous l’avons vu dans un thème précédent (perfectionnement des assaut conventionnel) :

« le combat libre peut être morcelé en séquences d’actions-réactions élémentaires ».

La méthode traditionnelle d’enseignement du taekwondo repose sur un postulat : L’étude systémique des poomsés permet d’extraire toutes les interprétations tactiques du combat.

L’étude systémique (Voir « théories de l’apprentissage » —-> théorie du bruit) : Pour résumer, un système est un ensemble d’éléments dépendant les uns des autres. Modifier ou introduire un élément réorganise partiellement ou totalement le système.

Prenons un exemple :

Ce schéma très simplifié met en évidence la relation systémique qu’entretient l’élève avec le savoir qu’il acquiert. Sur le plan des opérations plus complexes telles que l’acquisition de schémas tactiques, le raisonnement est le même :

La mise en évidence de nouveau schéma tactique va avoir d’autres conséquences sur la technique et donc sur le reste : le système englobant les savoirs et savoirs faire de l’élève.

Et ainsi de suite… En somme cette rubrique elle-même est susceptible de fonctionner de la même manière :